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Daniel Kiowski, chef sommelier au domaine Markus Molitor sur la Moselle, évoque les meilleurs millésimes des 15 dernières années, les tendances mondiales de consommation du vin et la manière de visiter la région avec un esprit ouvert.
Sur les 15 dernières années, quels millésimes ressortent comme les meilleurs pour les vins de Moselle ?
La question demeure complexe, parce que le style prime. Certains préfèrent toujours les millésimes plus froids, plus acidulés, plus tendus et précis. Du côté du consommateur, beaucoup préfèrent des vins au caractère mûr et chaud, dotés d’une certaine onctuosité et d’une richesse marquée. Imaginez ensuite poser la question à un producteur qui vend ses raisins : pour lui, un bon millésime signifie de gros rendements, comme 2018, où nous avons vendangé autant qu’en 1982. Un millésime massif en quantité, et en termes de volume comme de qualité, 2018 reste une exception absolue. Un peu plus souple en acidité, mais il gagne en structure et deviendra bien plus passionnant à l’avenir. Pour désigner le millésime le plus complet des 15 dernières années, du producteur de pointe au terroir d’élite, je choisis 2023. En remontant plus loin, 2017 affiche un rendement faible et une concentration élevée. Pour le Pinot Noir, mon millésime mosellan préféré reste 2022 : une concentration et une richesse naturelle jamais atteintes auparavant.
Le Riesling se divise aussi en sec et doux, parce que certaines années produisent des raisins parfaits pour le sec mais sans Botrytis : la Beerenauslese devient impossible. Globalement, 2023 et 2020 figurent parmi les plus complets. Pour les amateurs d’acidité électrique et tranchante, je recommande 2021 ou 2024. En 2024, nous avons élaboré un Riesling sec à 9,3 % d’alcool, un style absent depuis les années 1990. Le temps de maturation sur la Moselle constitue la clé : même vendangé à très faible poids du moût, le vin délivre de l’intensité. Depuis 10 ans, je parle aux gens de vins légers mais intenses. Personne n’écoutait. Désormais, avec « sober October », « Dry January » et la nouvelle conversation mondiale autour de la santé, pour la première fois les gens écoutent, et notre style à faible alcool devient un atout.
Où voyez-vous les marchés ralentir ? Où les voyez-vous croître ?
Une différence claire sépare les marchés où boire du vin appartient à la culture et les destinations vinicoles plus récentes. Singapour et le Japon restent stables : les habitants y boivent du vin depuis des décennies. En Corée du Sud ou en Chine, le vin demeure un produit de luxe, et lorsque l’économie souffre, la consommation de luxe baisse en premier, à l’image des cigares cubains. Concernant le marché plus large, le défi aujourd’hui : aucun mauvais vin n’existe plus. J’ai récemment cuisiné chez moi et choisi un Cabernet californien à 2,90 € pour la sauce, en guise de test. Sa qualité m’a stupéfait. Cela ne représente pas notre clientèle ; nos clients recherchent un reflet du terroir et de l’origine, et cette catégorie restera toujours la plus passionnante à boire. La différence entre vin industriel et vin de terroir, voilà ce que nous devons continuer à communiquer.
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Quand des Luxembourgeois viennent vous voir, que leur conseillez-vous de faire ?
Mon meilleur conseil : rester ouvert d’esprit et écouter l’histoire du producteur. Lorsque nous recevons des visiteurs, nous demandons leurs envies. La plupart répondent « sec uniquement ». Nous servons un Riesling sec, puis passons à un style demi-sec, et les sourires apparaissent. J’évite les mots sucre ou douceur, parce que les gens les associent au bon marché ou à la basse qualité. Pourtant beaucoup adorent ce style. Imaginez ne pas aimer le steak : jamais vous n’en commanderiez. Mais les gens commandent du vin sec même lorsqu’ils préfèrent une touche de douceur, simplement par crainte de paraître peu raffinés. Le Riesling de Moselle avec sucres résiduels n’a rien d’un vin de dessert. Nous offrons un équilibre unique entre douceur, acidité et minéralité fine, dans un corps léger à très faible degré d’alcool, totalement différent des vins doux, lourds et collants. Avec une grande cuisine, beaucoup de plats s’accordent bien mieux avec une touche de douceur naturelle. Venez sur la Moselle, abandonnez les idées reçues, rencontrez les producteurs, écoutez leur histoire et laissez-vous surprendre.