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Andy 15 ans
Pav Gill: la saga Wirecard
Lanceur d’alerte dans l’affaire Wirecard, une des plus grandes fraudes financières de ces dernières années, Pav Gill s’est reconstruit en Asie. Il reste très amer par rapport à l’attitude des organismes de contrôle, plus prompts selon lui à mettre en cause les dénonciateurs qu’à traquer les malversations.
Pouvez-vous raconter votre histoire chez Wirecard ?
Mon histoire chez Wirecard figure dans le brillant documentaire de Sky, Wirecard - Die Milliarden-Lüge, mais aussi dans la presse écrite par le Süddeutsche Zeitung et dans un article du Financial Times.
En résumé, l'effondrement de Wirecard en 2020 a révélé que l'ascension d'un titan technologique allemand ne constituait qu’un mythe. Un trou noir de 19 milliards d'euros a mis au jour une fraude à grande échelle de la société dans son rôle d'intermédiaire entre les commerçants acceptant les cartes de crédit et les banques des titulaires de ces cartes. La spirale perverse de Wirecard a commencé lorsque Air Berlin est devenu le premier d'une série de clients perdus à cause d'une mauvaise assistance commerciale et de paiements incorrects. Wirecard a dissimulé son activité défaillante, faisant croire aux auditeurs qu'elle disposait d'énormes réserves de liquidités. Ses avocats ont agressivement dénigré les critiques alors que la compagnie continuait à faire des déclarations trompeuses sur sa solvabilité, sa rentabilité et ses perspectives.
« En refusant d'enquêter correctement sur les allégations soulevées contre Wirecard au fil des ans, les régulateurs et les organismes d'application ont joué un rôle essentiel à cette fraude. »
Comment Wirecard a-t-elle pu s'en tirer avec une telle escroquerie pendant si longtemps ?
En refusant d'enquêter correctement sur les diverses allégations sérieuses soulevées contre la société au fil des ans, les régulateurs et les organismes d'application ont joué un rôle essentiel à cette fraude de se perpétuer et à Wirecard de prospérer en tant qu'entreprise criminelle. Quant à EY, en cas de preuve d’une négligence grave ou de tout autre acte connexe de leur part, ils doivent tout simplement se voir tenus pour responsables. Un message fort doit partir vers le secteur de la comptabilité et de l'audit afin de restaurer la confiance dans le système.
Comment votre mère vous a-t-elle convaincu de faire connaître au Financial Times les méfaits de Wirecard ?
Tout cela figure dans le documentaire de Sky. J'encourage vivement les téléspectateurs, en particulier européens, à le regarder.
Qu’avez-vous ressenti lorsque la BaFin a poursuivi 2 journalistes du Financial Times, au lieu d'exploiter les informations publiées dans leur article pour mettre fin aux agissements de Wirecard ?
Je me suis senti déconcerté. Qu'un régulateur ne trouve rien d’autre à faire que mettre la tête dans le sable et chercher à absoudre une organisation ayant multiplié les faux pas à chaque occasion, cela apparaît comme stupéfiant. Mais encore fallait-il vouloir y regarder ! En ce sens, tout comme chez Wirecard, pour les régulateurs et les agences de contrôle en Allemagne, la charge du problème incombait toujours à quelqu’un d’autre. Le Financial Times (FT) n’a rien d’un tabloïd à sensation. Il s’agit de l’un des journaux économiques les plus respectés au monde. J'aurais attendu de tout régulateur de bonne foi qu'il travaille avec le FT, le Süddeutsche Zeitung et les différents dénonciateurs pour faire la lumière sur ces graves allégations. A la place, ils ont choisi de s'en prendre aux messagers. Vraiment pervers.
Vous êtes-vous sentis correctement protégés par les autorités en Asie ?
Non. Nous n'avons jamais reçu l’assurance d'une quelconque protection par quiconque, à quelque endroit. Cette même situation prévaut encore aujourd’hui.
Vous avez quitté Wirecard en septembre 2018. Comment se passe la vie d’après ?
La vie après Wirecard constituait un défi, mais je me suis occupé avec des rôles contractuels dans de formidables sociétés telles que Wise, en devenant leur premier avocat APAC. J'ai veillé étroitement à ne pas accepter un nouveau poste à temps plein, sauf si j'aboutissais dans la bonne entreprise. Je ne voulais pas me retrouver à m'installer dans "une autre Wirecard". Parallèlement, j'ai dû faire face à des attaques personnelles et professionnelles de la part de Wirecard et de leurs bons amis. Ils ont continué à en faire beaucoup pour surveiller mes mouvements. Maintenant que le soufflé est retombé, j'ai trouvé un vrai foyer professionnel chez Zipmex. Cette plateforme d'actifs numériques de premier plan exerce ses activités dans la région APAC. Élément vivifiant, elle place les questions juridiques et de conformité au premier plan de toutes ses activités.
Qu'avez-vous appris de cette expérience ?
Une personne ne peut pas vivre dans la peur si elle accomplit son devoir. La peur devrait constituer le quotidien des auteurs d’activités criminelles et autres comportements néfastes.
Si vous découvrez une situation similaire dans une autre entreprise à l'avenir, que ferez-vous ?
Je serais très surpris qu'une société m'engage en tant que directeur juridique - ou de la conformité - si elle se livre à des actes répréhensibles, en particulier dans le domaine des services financiers.
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